Cancer du sein précoce : peut-on éviter le ganglion sentinelle chez certaines patientes
Une revue française publiée dans le numéro d’octobre 2026 synthétise les essais SOUND et INSEMA. Elle ouvre la voie à une désescalade axillaire très sélectionnée, sans recommander l’abandon généralisé du ganglion sentinelle.

Deux grands essais randomisés soutiennent l’omission du ganglion sentinelle chez certaines patientes présentant un cancer du sein précoce à faible risque. La sélection reste toutefois déterminante.
Pourquoi questionner un geste devenu standard
La biopsie du ganglion sentinelle a remplacé le curage axillaire systématique pour stadifier l’aisselle dans de nombreux cancers du sein précoces. Elle est moins invasive, mais elle n’est pas anodine : lymphœdème, douleur, engourdissement ou limitation de l’épaule peuvent persister. Parallèlement, les décisions de traitement reposent de plus en plus sur la biologie tumorale et les signatures moléculaires. Dans certains profils, connaître le statut du ganglion ne modifie plus la stratégie adjuvante.
La question n’est donc pas de supprimer le ganglion sentinelle pour toutes, mais d’identifier les patientes chez lesquelles son information apporte moins de bénéfice que de morbidité.
Ce que montrent SOUND et INSEMA
L’essai SOUND a inclus 1 405 femmes avec une tumeur mammaire invasive jusqu’à 2 cm et une échographie axillaire négative. À cinq ans, la survie sans maladie à distance était de 98,0 % sans chirurgie axillaire et de 97,7 % avec ganglion sentinelle. L’incidence cumulée de récidive axillaire sans chirurgie était très faible, à 0,4 %. Le résultat soutient une omission lorsque l’absence d’information pathologique ne change pas le plan thérapeutique.
INSEMA a élargi l’évaluation à plus de 5 000 patientes cT1-2N0 candidates à une chirurgie conservatrice. L’omission du ganglion sentinelle était non inférieure pour la survie sans maladie invasive, avec des résultats de survie globale comparables. Les patientes sans chirurgie axillaire rapportaient moins de gonflement, moins de douleur et une meilleure mobilité du bras.
À qui cette désescalade peut-elle s’adresser
La revue française souligne que les participantes étaient majoritairement âgées de plus de 50 ans, ménopausées, avec une petite tumeur hormonosensible, HER2 négative et de bas ou moyen grade. La chirurgie conservatrice était suivie d’une irradiation mammaire. Dans cette population, la probabilité de macrométastase ganglionnaire est faible et le traitement systémique dépend surtout de la biologie de la tumeur.
La prudence reste nécessaire pour les cancers HER2 positifs, triple négatifs, lobulaires ou de haut grade, chez les femmes jeunes, après traitement néoadjuvant, en cas de mastectomie ou pour les tumeurs cT2. La revue rappelle qu’une macrométastase sentinelle concerne moins de 10 % des cT1N0, mais environ 20 % des cT2N0. Une échographie axillaire de qualité et une concertation multidisciplinaire sont indispensables.
Principaux enseignements :
SOUND et INSEMA soutiennent l’omission du ganglion sentinelle dans une population à faible risque soigneusement sélectionnée.
Le bénéfice attendu est surtout fonctionnel : moins de douleur, de gonflement et de limitation du bras.
L’échographie axillaire, la biologie tumorale et l’impact du statut ganglionnaire sur le traitement doivent guider la décision.
Bibliographie :
Montero Macías R et al. J Gynecol Obstet Hum Reprod. 2026. DOI : 10.1016/j.jogoh.2026.103243
Gentilini OD et al. JAMA Oncol. 2023. DOI : 10.1001/jamaoncol.2023.3759
Reimer T et al. N Engl J Med. 2025. DOI : 10.1056/NEJMoa2412063
